Le lys est la fleur qui décide de la composition dans laquelle on la met. Une tige porte trois à sept fleurs, chacune large comme une main ouverte, et elle ouvre ses boutons l’un après l’autre pendant une semaine et demie : c’est une fleur qui continue de travailler après la vente. C’est aussi la seule du métier dont il faut prévenir l’acheteur, parce qu’elle tue les chats.

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Carte d’identité
| Nom botanique | Lilium, famille des Liliacées |
| Nombre d’espèces | 119 espèces reconnues, presque toutes de l’hémisphère nord |
| Hauteur | 30 à 180 cm selon l’espèce et le groupe |
| Organe de réserve | Bulbe écailleux, sans tunique — il se dessèche vite à l’air |
| Fleur | Six tépales, six étamines, un pistil ; nectaire à la base de chaque tépale |
| Saison en fleur coupée | Toute l’année sous serre, pointe naturelle de mai à septembre |
| Tenue en vase | Une semaine à quinze jours selon les sources, et surtout selon le nombre de boutons |
| Parfum | Nul chez les asiatiques, puissant chez les orientaux |
| Danger | Mortel pour le chat, pollen et eau de vase compris |
Six tépales, des étamines chargées de pollen : un vrai lys se reconnaît à cela. Dans un bouquet mêlé, l’outil de reconnaissance des fleurs compte et trie les fleurs d’une photo.
Un vrai lys, et tous les autres
Un lys est une plante du genre Lilium. Rien d’autre. La précision paraît pointilleuse jusqu’au moment où l’on comprend qu’elle décide de la réponse à donner à une cliente qui a un chat.
Six tépales, six étamines, un pistil
Ce qu’on prend pour six pétales n’en est pas. Chez le lys, les trois sépales ont exactement la forme, la taille et la couleur des trois pétales : on ne peut donc plus les distinguer, et la botanique les appelle alors des tépales. C’est le même mot et la même raison que chez la tulipe. À l’intérieur, six étamines portées loin en avant, et un pistil unique dont le stigmate dépasse encore. Chaque tépale porte à sa base un petit sillon nectarifère, ce qui explique la présence de fourmis sur les tiges de plein champ.
Cette architecture n’est pas un détail de vocabulaire : elle est la raison pour laquelle un lys se manipule autrement qu’une rose. Les étamines sont dehors, elles ne sont protégées par rien, et elles vont salir tout ce qu’elles touchent.
Les fleurs qu’on appelle lys sans en être
Le mot a été appliqué à peu près à toute fleur à six tépales rencontrée par un botaniste pressé. Aucune de celles-ci n’est un Lilium :
| Nom courant | Genre réel | Toxique pour le chat |
|---|---|---|
| Lys des Incas, alstroemère | Alstroemeria | Non — irritant seulement |
| Lys calla, arum | Zantedeschia | Non — irritant (oxalates) |
| Lys d’un jour, hémérocalle | Hemerocallis | Oui, autant que le vrai lys |
| Lys de la paix | Spathiphyllum | Non — irritant |
| Muguet | Convallaria | Non rénal, mais cardiotoxique |
| Nénuphar | Nymphaea | Non |
| Amaryllis, hippeastrum | Hippeastrum | Non rénal, mais toxique |
La ligne à retenir est la troisième. L’hémérocalle, qui n’est pas un Lilium et qu’aucun fleuriste n’appelle jamais un lys, provoque chez le chat exactement la même insuffisance rénale. Les deux centres antipoison consultés la citent dans la même phrase que le lys. Autrement dit : la règle botanique ne suffit pas, il faut connaître l’exception.
Lis ou lys, et pourquoi la fleur de lys n’en est probablement pas un
L’Académie écrit « lis », le métier écrit « lys »
Le Dictionnaire de l’Académie française range le mot à l’entrée lis, avec lys donné en variante, et précise que le s final se prononce. Elle note que la graphie lys « s’est surtout répandue au XIXe siècle ». Les deux sont donc correctes ; lis est la forme classique, lys la forme dominante aujourd’hui, dans les catalogues comme dans les commandes. Ce site écrit lys, par usage professionnel, sans prétendre que c’est la meilleure.
Le motif royal ressemble davantage à un iris
C’est l’histoire la plus mal racontée du sujet, et elle mérite d’être racontée avec ses trous. Le motif à trois branches des armes de France apparaît chez Louis VI et Louis VII au milieu du XIIe siècle, d’abord sur des sceptres ; en 1179, Louis VII fait porter des vêtements semés de fleurs de lys au sacre de son fils Philippe ; le premier emploi proprement héraldique attesté date de 1211.
Sur l’origine botanique, en revanche, personne n’a tranché. Trois hypothèses coexistent :
- l’iris des marais (Iris pseudacorus), jaune, qui pousse dans les zones humides et dont l’ancien nom français, liesch, s’écrivait aussi lies et leys ;
- le lys blanc lui-même, hypothèse que Boissier de Sauvages contestait déjà en faisant remarquer que les vieilles fleurs de lys ressemblent bien davantage aux iris qu’aux lys du jardin ;
- l’angon, le javelot franc, dont la pointe barbelée a la même silhouette.
La deuxième explique le nom, la première explique le dessin, et aucune n’explique les deux. C’est un cas où l’on peut se contenter de dire qu’on ne sait pas : le symbole était religieux avant d’être héraldique, et les emblèmes ne descendent pas d’une plante comme un cultivar descend d’un semis.
Les familles qu’on trouve chez le fleuriste
La classification horticole officielle compte neuf divisions : asiatiques, martagon, candidum, américaines, longiflorum, trompettes, orientales, hybrides interspécifiques, et enfin les espèces botaniques. Dans un seau de grossiste, quatre suffisent.
Asiatique, oriental, longiflorum
L’asiatique est le lys sans odeur. Fleurs dressées, moyennes, couleurs franches jusqu’à l’orange vif et au rouge, tiges droites. C’est le lys des bouquets de tous les jours et de la vente au détail rapide : il ne parfume rien, ne dérange personne, et coûte le moins cher.
L’oriental est l’inverse : fleurs énormes, souvent tournées vers l’extérieur, blanches ou roses, tépales ondulés, et un parfum qui remplit une pièce. C’est le lys des compositions de cérémonie. C’est aussi celui qu’on regrette dans une chambre d’hôpital.
Le longiflorum est le lys en trompette blanche, à peine parfumé, aux six tépales soudés en tube long et régulier. C’est la forme la plus sobre du genre, et de loin la plus employée en fleur de deuil et en fleur de mariage — les deux occasions où l’on ne veut ni couleur ni odeur.
LA et OT : les hybrides ont pris le marché
Les deux groupes qui remplissent aujourd’hui les seaux ne sont dans aucune des trois cases ci-dessus. Les LA croisent le longiflorum et l’asiatique : ils gardent la grande fleur du premier et l’absence de parfum du second. Les OT, aussi appelés orienpets, croisent l’oriental et la trompette : fleurs immenses, parfum plus tenu que celui d’un oriental pur, tiges très solides.
Ces deux groupes représentent à eux seuls environ 90 % des volumes néerlandais — près de 60 % pour les LA, environ 30 % pour les OT. Quand on achète un lys en France, on achète donc presque toujours un hybride, et presque jamais un asiatique ou un oriental au sens strict, même si c’est sous ces deux noms qu’on nous le vend.
| Groupe | Parfum | Fleur | Emploi courant |
|---|---|---|---|
| Asiatique | Aucun | Moyenne, dressée, colorée | Bouquet du quotidien |
| Longiflorum | Léger | Trompette blanche | Deuil, mariage |
| Oriental | Très fort | Très grande, ondulée | Cérémonie, grande composition |
| LA | Aucun ou presque | Grande, dressée | Tout-venant, le plus vendu |
| OT / orienpet | Fort mais tenu | Immense, tige raide | Pièce de volume |
D’où viennent les lys vendus en France
Le lys est la quatrième fleur coupée la plus échangée au monde. La quasi-totalité de ce qui se vend en France passe par les Pays-Bas, sous une forme ou sous une autre : soit la tige elle-même, soit le bulbe qui l’a produite ailleurs.
Les chiffres publiés par la filière donnent l’échelle. Environ 190 hectares de serres néerlandaises produisent la fleur coupée, pour près de 350 millions de tiges par an. En amont, 4 500 à 5 000 hectares de plein champ, tenus par 80 à 100 producteurs, fabriquent les bulbes : un hectare rend 500 000 à 600 000 bulbes selon la variété. En 2022, 1,2 milliard de bulbes ont été exportés hors d’Europe — 271 millions vers la Chine, 133 millions vers la Colombie, 117 millions vers le Vietnam.
Ce dernier chiffre dit l’essentiel de la filière : les Pays-Bas ne vendent pas seulement des fleurs, ils vendent la matière première qui permet à d’autres pays de produire les leurs. Un lys colombien est presque toujours un lys né d’un bulbe néerlandais. C’est un mécanisme qu’on retrouve derrière la plupart des fleurs de nos seaux, et qui est détaillé dans l’article sur la provenance des fleurs coupées.
Le lys en fleur coupée
À quel stade il se coupe, et donc à quel stade il s’achète
La recommandation des services techniques est nette : on récolte quand le premier bouton est entièrement coloré mais pas encore ouvert. Pas avant — un bouton vert n’ouvrira pas, ou ouvrira mal, avec des tépales qui restent coincés. Pas après — une fleur ouverte voyage mal et arrive marquée.
Pour l’acheteur, la règle se retourne : une tige où tout est ouvert est une tige déjà entamée, et une tige où tout est vert est un pari. On veut un bouton coloré ou une fleur ouverte, et le reste en boutons. C’est aussi ce qui rend la tenue en vase du lys difficile à chiffrer : les sources annoncent de huit à quinze jours, mais ce que l’on mesure vraiment, c’est le nombre de boutons restants multiplié par les deux ou trois jours que chacun tiendra. Une tige à six boutons dure deux fois plus qu’une tige à trois, et aucune eau de vase n’y changera rien.

Les gestes qui tiennent
| Geste | Ce qu’il change |
|---|---|
| Recouper 2 cm en biseau, à la lame | Rouvre les vaisseaux bouchés pendant le transport à sec |
| Retirer les feuilles sous le niveau de l’eau | Évite la fermentation, qui bouche la tige à son tour |
| Garder le reste du feuillage | Il nourrit les boutons qui doivent encore ouvrir |
| Eau fraîche, vase propre, conservateur | Le sucre du sachet sert aux boutons non ouverts, pas aux fleurs |
| Loin des fruits et du soleil direct | Voir plus bas : c’est une histoire d’éthylène |
| Retirer les anthères | Voir juste après : ce n’est pas cosmétique |
Les anthères : ce n’est pas le pistil qu’on enlève
Voici l’erreur de vocabulaire la plus répandue du métier, y compris dans des articles de conseil : « enlever le pistil du lys ». On n’enlève pas le pistil. Le pistil est l’organe femelle, unique, au centre, celui dont le stigmate épaissi dépasse le plus loin — et on le laisse en place. Ce qu’on retire, ce sont les six anthères, les petites masses allongées portées au bout des étamines, qui contiennent le pollen. La distinction est expliquée en détail dans le vocabulaire du bouquet.
Le moment compte. Il faut les prendre juste après l’ouverture de la fleur, tant que le pollen n’est pas mûr : à ce stade les anthères sont encore pâles et fermes, elles se pincent entre deux doigts ou se coupent aux ciseaux sans rien salir. Vingt-quatre heures plus tard, elles sont brunes, poudreuses, et le geste devient celui qui tache. C’est pour cette raison qu’on ne peut pas faire l’opération une fois pour toutes à la réception : il faut y revenir chaque jour, à mesure que les boutons ouvrent.
La tache de pollen, et le réflexe qui l’aggrave
Le pollen de lys est gras et fortement pigmenté. Il ne se comporte pas comme une poussière : il s’ancre. Le réflexe naturel — frotter avec les doigts, ou pire, mouiller — est exactement ce qu’il ne faut pas faire, parce que le gras de la peau et l’eau enfoncent le pigment dans la fibre au lieu de le décoller.
- Ne pas toucher. Secouer le tissu pour faire tomber ce qui n’adhère pas.
- Lever le reste à sec, au ruban adhésif tapoté sur la tache, ou à la brosse sèche.
- Exposer au soleil ce qui reste : la lumière décolore le pigment, parfois entièrement, sur un textile clair.
- Seulement ensuite, un détachant, et jamais sur la tache encore poudreuse.
Prévenir vaut mieux : c’est la raison pour laquelle on retire les anthères avant de livrer, et non après.
Le froid, l’éthylène et le feuillage jaune : ici, les sources divergent
Les fiches professionnelles classent le lys parmi les fleurs sensibles à l’éthylène, ce gaz que dégagent les fruits mûrs et les fleurs fanées, et qui accélère le vieillissement. Une étude de post-récolte sur l’oriental ‘Stargazer’ donne pourtant un résultat plus fin : fraîchement coupée, la tige ne réagit pas, même exposée à 10 µl·l−1 ; c’est après un passage au froid que 0,3 µl·l−1 suffisent à perturber l’ouverture des boutons.
Les deux affirmations ne se contredisent pas vraiment, elles décrivent deux moments différents de la chaîne. Mais elles n’ont pas la même conséquence pratique. La consigne « éloigner des fruits » vaut surtout pour un lys qui a voyagé et attendu en chambre froide — c’est-à-dire à peu près tous ceux qu’on achète.
Le froid lui-même pose un second problème, indépendant de l’éthylène : au-delà de quatre jours de stockage, le feuillage jaunit rapidement une fois ressorti. Les services techniques recommandent d’ailleurs, sans détour, de ne pas stocker les lys coupés au froid — recommandation intenable dans une filière qui expédie à l’échelle d’un continent, et qui explique bien des tiges à feuilles jaunes arrivées en boutique. Il existe des traitements de régulateurs de croissance qui préviennent ce jaunissement ; ils ne sont pas homologués sur lys.
Le parfum, argument de vente et motif de retour
Un seul oriental ouvert parfume une pièce entière, et trois parfument un appartement. C’est le premier argument de vente du lys et sa première cause de rejet — les deux réactions sont légitimes et il n’y a pas de compromis : le parfum ne se dose pas.
La règle de conduite est donc de demander avant de composer, et de savoir quoi proposer si la réponse est non. Pour une chambre, une table de repas, un cabinet, un établissement de santé, on remplace un oriental par un LA ou un asiatique : même silhouette, même volume, aucune odeur. C’est précisément ce pour quoi ces hybrides ont été créés.
Le lys tue les chats : ce qu’il faut dire, et comment le dire
C’est la section la plus importante de cette page, et la seule où l’apprentissage n’a pas le droit d’être approximatif.
Les lys du genre Lilium et les hémérocalles (Hemerocallis) provoquent chez le chat une insuffisance rénale aiguë. Les deux centres antipoison consultés — le Centre Antipoison Animal et Environnemental de l’Ouest, et le Centre Antipoisons belge — s’accordent sur les points suivants :
- Toute la plante est toxique : feuilles, tige, fleur, et le pollen seul suffit.
- Le chat n’a pas besoin de manger la plante : il peut se contaminer en se frottant contre elle puis en se léchant.
- Le CAPAE-Ouest écrit que l’ingestion d’une seule feuille peut être mortelle.
- Les premiers signes sont des vomissements et de l’abattement ; l’atteinte rénale grave survient 24 à 48 heures après, avec diminution puis arrêt de l’émission d’urine, et parfois des troubles de la démarche ou des convulsions.
- Il n’existe aucun antidote. Le traitement vise à éliminer le toxique et à corriger les symptômes.
- Le pronostic est qualifié de réservé chez le chat.
Le chien est dans une situation entièrement différente : le CAPAE-Ouest indique que même à forte dose, on n’observe chez lui que des troubles digestifs modérés, et que le pronostic y est bon. Ce contraste explique beaucoup de conseils contradictoires trouvés en ligne : ils sont vrais pour l’une des deux espèces.
Sur l’eau du vase, les sources consultées ne donnent pas de position explicite. Comme le pollen tombe dedans et que le pollen seul est toxique, la prudence est de traiter l’eau comme dangereuse et de ne pas laisser un chat y boire.
En pratique, dans une boutique : on demande s’il y a un chat, et si oui, on ne vend pas de lys. Ni oriental, ni LA, ni longiflorum, ni hémérocalle. Un alstroemère, un lisianthus ou un gerbera donnent le même volume sans le risque. Et si un chat a été en contact avec un lys, on appelle un vétérinaire immédiatement, sans attendre les symptômes — le délai de 24 à 48 heures est justement celui pendant lequel il n’y a rien à voir. Cet article ne remplace évidemment aucun avis vétérinaire.
Le bulbe : ce qu’il a de particulier
Le bulbe de lys n’a pas de tunique — pas de pelure sèche comme celle de l’oignon ou de la tulipe. Il est fait d’écailles charnues simplement emboîtées, et cette absence d’enveloppe a une conséquence directe : il se déshydrate en quelques jours à l’air libre. C’est pourquoi on l’achète en sachet garni de tourbe humide, et pourquoi un bulbe de lys trouvé mou et fripé en fond de rayon ne se rattrape pas. Il est aussi la raison pour laquelle le lys se plante à l’automne ou tôt au printemps, mais jamais après un long séjour au sec.
Deux règles suffisent pour le reste : la profondeur — l’usage veut environ trois fois la hauteur du bulbe, ce qui met les racines au frais et permet à la tige de s’ancrer — et le drainage, le seul facteur qui tue vraiment un lys installé. Lilium candidum fait exception sur le premier point : les catalogues le donnent à quelques centimètres seulement sous la surface, et c’est cohérent avec sa particularité biologique, dont il sera question plus bas.
Le criocère, le seul ravageur qu’on ne peut pas manquer
Le criocère du lys (Lilioceris lilii) est un coléoptère rouge vif de moins d’un centimètre, posé bien en évidence sur les feuilles. Ses larves, elles, se dissimulent sous leurs propres déjections et dévorent le feuillage bien plus vite que l’adulte. Le contrôle manuel, tôt et régulier, reste la méthode la plus employée au jardin. Sur une culture de plein champ, c’est un autre sujet.
Les lys sauvages de France, et l’interdiction de les cueillir
La France a ses lys spontanés, et ils n’ont rien à voir avec ceux du seau. Le plus répandu est le lys martagon (Lilium martagon) : fleurs penchées vers le sol, tépales retroussés en turban, rose violacé ponctué de pourpre, groupées par trois à huit, ouvertes en juin et juillet. On le trouve surtout à l’est d’une ligne allant de la Lorraine aux Pyrénées, rare en plaine et parfois commun en montagne, du niveau de la mer jusqu’à 2 800 mètres.
Il est protégé et réglementé dans cinq régions — Auvergne-Rhône-Alpes, Nouvelle-Aquitaine, Corse, Centre-Val de Loire, Grand Est — ainsi que dans sept départements, et sa cueillette est interdite dans toutes les réserves naturelles et tous les parcs nationaux. Le lys des Pyrénées (Lilium pyrenaicum), jaune, et le lys pompon (Lilium pomponium), rouge et cantonné aux Alpes-Maritimes et à la Ligurie, complètent la petite liste.
La conclusion pratique tient en une ligne : un lys sauvage se photographie. La réglementation varie d’un département à l’autre, et l’ignorer n’est pas une excuse recevable.
Le lys blanc, la pureté et le deuil
Lilium candidum, le lys de la Madone, est originaire des Balkans et du Proche-Orient et cultivé depuis au moins trois mille ans. On le reconnaît sur les fresques minoennes de Crète et sur celles d’Akrotiri, à Théra. Il a une singularité qu’aucun autre lys ne partage : il forme une rosette de feuilles basales pendant l’hiver, qui disparaît l’été suivant, quand la hampe florale monte. C’est un lys qui travaille à contretemps de tous les autres.
Sa blancheur en a fait très tôt l’attribut de la pureté, puis l’attribut marial : c’est le lys que l’ange tient dans les Annonciations. Le glissement vers la fleur de deuil s’est fait par là — pas par une symbolique funèbre propre, mais parce que le blanc et la pureté sont ce qu’on veut dire à un enterrement. En France, le longiflorum et l’oriental blanc sont aujourd’hui parmi les fleurs les plus employées en composition funéraire, avec le chrysanthème et le gerbera.
C’est un point sur lequel il faut se garder d’être péremptoire. Le langage des fleurs qu’on trouve en ligne est en grande partie une reconstruction du XIXe siècle, et les significations attribuées aux couleurs du lys varient d’un ouvrage à l’autre. Ce qui est solide, c’est l’ancienneté de la culture et l’iconographie chrétienne. Le reste relève de l’usage local, et l’usage local se demande à ses clients plutôt qu’à un tableau de correspondances.
Le calendrier du lys
| Période | Ce qui se passe |
|---|---|
| Octobre – novembre | Plantation des bulbes, y compris candidum qui veut être planté tôt |
| Décembre – février | Rien au jardin ; en boutique, offre de serre continue |
| Mars – avril | Levée des tiges ; seconde fenêtre de plantation |
| Mai – juin | Premières floraisons : asiatiques, puis candidum et martagon |
| Juillet – août | Pleine saison des orientaux et des OT, la meilleure période d’achat |
| Septembre | Fin de floraison ; laisser le feuillage jaunir sur pied |
| Toute l’année | Disponibilité en fleur coupée sous serre, sans interruption |
Ce rythme est celui du jardin. En boutique, le lys est l’une des rares fleurs qu’on trouve tous les mois de l’année, ce qui la rend commode et un peu invisible : elle n’a pas de saison qu’on attend. Le calendrier des fleurs de saison remet cette disponibilité permanente en perspective.
Questions fréquentes
Le lys est-il vraiment dangereux pour le chat ?
Oui, et c’est un des rares cas où le mot « mortel » n’est pas exagéré. Toute la plante est toxique, le pollen seul suffit, l’ingestion d’une seule feuille peut tuer, et il n’existe aucun antidote. En présence d’un chat, on ne fait pas entrer de lys — ni d’hémérocalle. En cas de contact, on appelle un vétérinaire sans attendre les symptômes.
Faut-il enlever le pistil du lys ?
Non : le pistil se garde. Ce qu’on retire, ce sont les six anthères, qui portent le pollen. On les prend dès l’ouverture de la fleur, tant qu’elles sont pâles et fermes ; passé un jour, elles sont poudreuses et c’est le geste lui-même qui salit.
Combien de temps tient un lys en vase ?
Les sources annoncent de huit à quinze jours, et ce chiffre veut peu dire. Ce qui compte est le nombre de boutons non ouverts au moment de l’achat : chacun donnera deux à trois jours de fleur supplémentaires. Une tige à six boutons tient deux fois plus longtemps qu’une tige à trois.
Comment enlever une tache de pollen de lys ?
À sec, et sans y toucher avec les doigts. Secouer, lever le pollen au ruban adhésif ou à la brosse sèche, puis exposer la trace au soleil. Frotter ou mouiller enfonce le pigment dans la fibre et transforme une poussière en tache.
Existe-t-il des lys sans odeur ?
Oui. Les asiatiques n’ont aucun parfum, et les hybrides LA presque aucun. Seuls les orientaux, les trompettes et les OT sont odorants. Pour une chambre ou une table, on demande un LA ou un asiatique.
Pourquoi les feuilles de mon lys jaunissent-elles ?
Sur une fleur coupée, c’est presque toujours la trace d’un séjour prolongé en chambre froide : au-delà de quatre jours, le feuillage jaunit rapidement une fois ressorti. Cela ne se corrige pas en vase. Au jardin, un feuillage qui jaunit en fin d’été est normal et ne se coupe pas : c’est lui qui recharge le bulbe.
La fleur de lys des rois de France est-elle un lys ?
Personne n’a tranché. L’hypothèse la plus souvent avancée est celle de l’iris des marais, dont l’ancien nom français s’écrivait lies ou leys ; une autre y voit un javelot franc. Le motif apparaît chez Louis VI et Louis VII au milieu du XIIe siècle, et son premier emploi héraldique attesté date de 1211.
Pour continuer
- Le chrysanthème — l’autre grande fleur des compositions funéraires françaises.
- L’hortensia — une fleur qu’on achète deux fois, fraîche puis fanée.
- Le vocabulaire du bouquet — pour la différence entre pistil, étamine et anthère, et le rôle de fleur focale que tient le lys.
- D’où viennent les fleurs coupées vendues en France — le circuit des bulbes néerlandais, en détail.
- Quels bulbes planter en automne — où le lys a sa place, avec ses trois fois la hauteur du bulbe.
- Le muflier — le voisin de bouquet sans danger pour le chat.
- L’anémone — l’autre fleur à tenir loin d’un chat, à un degré bien moindre.
- Le lys en photo — les six étamines d’une fleur ouverte, en gros plan.
Flore Oger
Flore Oger apprend le métier de fleuriste. Passionnée de botanique, elle partage ici les gestes, le vocabulaire et les coulisses de son apprentissage : comment naît un bouquet, pourquoi telle fleur à telle saison, ce qu'on apprend en atelier et ce qu'on n'apprend qu'en le faisant. Pour les curieux comme pour les futurs professionnels.
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