C’est la fleur avec laquelle tout le monde a joué enfant : on pince les joues, la gueule s’ouvre, on relâche, elle claque. Ce jeu n’est pas un hasard de forme — c’est un mécanisme de sécurité, et il explique à peu près tout le reste : pourquoi seuls les bourdons la pollinisent, pourquoi elle est devenue la plante de laboratoire la plus utilisée de la génétique florale, et pourquoi, chez le fleuriste, elle a l’air de se redresser toute seule pendant la nuit.

Sur cette page
Carte d’identité
| Nom botanique | Antirrhinum majus |
| Famille | Plantaginacées (classification actuelle) ; Scrofulariacées dans la classification classique |
| Noms français | Muflier, gueule-de-loup, gueule-de-lion |
| Origine | Bassin méditerranéen occidental, Pyrénées orientales |
| Hauteur | 15 à 150 cm selon la variété |
| Cycle | Vivace gélive, cultivée comme annuelle |
| Rusticité | Survit vers −5 °C en situation abritée |
| Floraison | Été et automne, prolongée par la suppression des fleurs fanées |
| Tenue en vase | 5 à 10 jours |
| Achat | Au moins deux à cinq fleurons ouverts, en bas de l’épi |
| Éthylène | Très sensible : chute des fleurons dès 0,5 ppm |
| Stockage | 0 à 1 °C, debout impérativement |
| Chat, chien | Non toxique selon l’ASPCA |
| Pollinisateur | Bourdons presque exclusivement |
Un épi de museaux fermés ne se confond avec rien. Pour le reste du bouquet, l’outil de reconnaissance des fleurs part d’une photo et compte les fleurs par couleur et par calibre.
Muflier, gueule-de-loup, Antirrhinum : trois museaux
Les trois noms disent la même chose et regardent la même partie de la fleur, mais aucun ne parle du même animal.
Muflier vient de mufle, le museau des gros mammifères. Gueule-de-loup insiste sur la bouche qui s’ouvre. Et Antirrhinum, le nom de genre, vient du grec : anti, « qui ressemble à », et rhis, rhinos, le nez — littéralement « qui ressemble à un nez ». L’anglais, lui, a choisi le geste plutôt que la forme : snapdragon, le dragon qui claque.
C’est un cas assez rare. La plupart des noms de fleurs décrivent un usage, un lieu ou une personne — la gerbera porte le nom d’un botaniste, le delphinium celui d’un dauphin vu de profil. Ici, quatre langues ont indépendamment regardé la même chose : une bouche.
Une fleur fermée à clé
Le vocabulaire botanique a un mot pour cette forme : la corolle est personée. Les cinq pétales sont soudés en un tube dont la lèvre inférieure se bombe vers le haut jusqu’à venir boucher l’entrée. Ce bourrelet s’appelle le palais, et il ferme la fleur comme un clapet.
Résultat : le nectar et le pollen sont enfermés. Une abeille domestique se pose dessus et repart : elle n’a pas la force d’écarter les lèvres. Un papillon n’a rien à y faire. Seuls les bourdons — le genre Bombus et quelques genres voisins — sont assez lourds et assez puissants pour forcer le clapet, entrer entièrement dans la corolle, se charger de pollen et ressortir.
C’est le même principe que l’éperon du delphinium, avec une autre serrure : là-bas le nectar est caché au fond d’un tube et il faut une longue langue ; ici il est derrière une porte et il faut de la force. Dans les deux cas, la fleur ne se donne pas au premier venu — elle sélectionne un pollinisateur fidèle, qui ira porter son pollen sur une fleur de la même espèce plutôt que de le disperser au hasard.
Le jeu d’enfant qui consiste à pincer la fleur pour la faire « parler » reproduit exactement le geste du bourdon. On imite un insecte sans le savoir.
Le jaune du muflier n’est pas le jaune des autres
Il y a sur ce site un fil qui court d’une fiche à l’autre : celui des pigments. La rose ne sait pas faire de bleu, l’œillet non plus, et le delphinium a donné son nom à la molécule qui leur manque. Le muflier ajoute une pièce inattendue à ce tableau.
Ses rouges et ses roses viennent d’une anthocyane classique, l’antirrhinine — chimiquement, le 3-rutinoside de la cyanidine. Rien d’exotique : c’est la même famille de pigments que chez la rose.
Mais son jaune, lui, ne vient ni d’un caroténoïde (le jaune des chrysanthèmes et de la plupart des fleurs jaunes) ni d’un flavonol ordinaire. Il vient d’une classe de pigments rare dans le règne végétal : les aurones. L’enzyme qui les fabrique, l’aureusidine synthase, a été caractérisée en 2000 précisément à partir de fleurs de muflier jaune — et elle s’est révélée être une parente des polyphénoloxydases, ces enzymes qui font brunir une pomme coupée. Le muflier a détourné un outil de dégradation pour en faire un outil de couleur.
En revanche, sur le bleu, le muflier est logé à la même enseigne que la rose : il ne produit pas de delphinidine. C’est pourquoi les catalogues vont du blanc au bronze en passant par le jaune, l’orange, le rouge, le rose et le pourpre — mais qu’il n’existe pas de muflier bleu. Ce n’est pas un manque d’intérêt des sélectionneurs, c’est une voie métabolique absente.
La frontière de couleur des Pyrénées
Dans les Pyrénées, le muflier sauvage existe sous deux formes qui se touchent. La variété pseudomajus est magenta avec une petite tache jaune ; la variété striatum est jaune avec des nervures magenta. Elles poussent dans les mêmes habitats, sont visitées par le même bourdon, et se croisent librement là où elles se rencontrent.
Or la transition entre les deux ne s’étale pas : elle tient sur quelques kilomètres. Sur ce court trajet, on passe d’une population jaune à une population magenta, avec entre les deux toutes les combinaisons. Les généticiens s’y rendent depuis des décennies parce que c’est un laboratoire à ciel ouvert : les gènes de couleur y sont identifiés un par un — Rosea, Eluta et Rubia du côté des anthocyanes, Sulfurea, Flavia et Aurina du côté des aurones.
La question ouverte est de savoir pourquoi la frontière tient. Si les deux formes se croisent sans obstacle et attirent le même insecte, rien ne devrait empêcher le mélange de s’étendre. L’hypothèse retenue est celle d’une sélection exercée par les bourdons eux-mêmes, qui apprennent une couleur et s’y tiennent : les fleurs intermédiaires seraient visitées moins souvent que les deux extrêmes. C’est une explication plausible, pas une démonstration close.
La fleur de jardin qui a écrit la génétique florale
Peu de gens le savent en achetant une botte de mufliers : cette plante est, avec l’arabette et le pétunia, l’un des grands organismes modèles de la biologie végétale, et elle l’est depuis plus d’un siècle. Darwin la décrivait déjà en 1868 dans son travail sur la variation des plantes.
Les raisons sont prosaïques : hérédité diploïde simple (2n = 16 chromosomes), génome modeste (de l’ordre de 400 à 500 mégabases), culture facile, cycle court, et surtout une variabilité de forme et de couleur énorme. La plante cultivée est autofertile, alors que la plupart des espèces sauvages du genre sont auto-incompatibles et donc obligées de se croiser — une différence commode pour le généticien.
Ce qu’on lui doit tient en trois découvertes.
- Les transposons. Dans les années 1980, l’identification d’éléments mobiles du muflier — la famille Tam, dont Tam3 — a permis d’inventer une méthode devenue standard : le marquage par transposon, qui consiste à laisser un élément mobile s’insérer dans un gène pour pouvoir l’attraper ensuite. Les fleurs panachées et les secteurs de couleur du muflier sont la trace visible de ces sauts.
- La lettre D de « MADS-box ». Le gène DEFICIENS du muflier a donné son initiale à l’acronyme qui désigne toute une famille de gènes architectes de la fleur. Avec GLOBOSA et PLENA, il a servi à bâtir le modèle ABC, celui qui explique pourquoi un pétale est un pétale et pas une étamine.
- La symétrie. Les gènes CYCLOIDEA et DIVARICATA, identifiés chez le muflier, commandent la zygomorphie — le fait qu’une fleur ait un haut et un bas, une gauche et une droite, au lieu d’être une roue. Mutez-les, et la gueule-de-loup devient une étoile régulière à cinq branches.
Autrement dit : la raison même pour laquelle cette fleur a une bouche est la raison pour laquelle on l’a mise en laboratoire.

L’acheter : combien de fleurons ouverts ?
Comme le delphinium, le muflier est une fleur d’épi : les fleurons s’ouvrent du bas vers le haut, sur plusieurs jours. Tout ce qui n’est pas encore ouvert est du temps de vase en réserve. La règle générale est donc : on achète une tige dont le bas est ouvert et le haut fermé.
Sur le chiffre exact, en revanche, les sources divergent, et il vaut la peine de comprendre pourquoi.
| Recommandation | Source | Contexte |
| Au moins 2 à 5 fleurons ouverts | Postharvest (UC Davis), FloraLife | Achat en gros, tige destinée à voyager |
| Le tiers à la moitié inférieure de l’épi ouverte | Extension agricole (Mississippi State) | Récolte pour vente locale |
| Les deux tiers inférieurs ouverts | Postharvest (UC Davis) | Vente directe le jour même |
Ces trois consignes ne se contredisent pas : elles décrivent trois distances au client. Plus la tige a de route à faire, plus on la coupe jeune — c’est exactement la même logique que celle qui explique d’où viennent les fleurs coupées vendues en France. Pour un achat en boutique, la fourchette utile est celle du milieu : le tiers bas fleuri, le reste en boutons bien formés et colorés.
Deux choses à vérifier en plus, propres au muflier : que la tige soit droite (on verra pourquoi plus bas), et que le feuillage ne jaunisse pas à la base.
L’éthylène : 0,5 ppm, et l’épi se déshabille
C’est le point critique de cette fleur, et il est chiffré. À partir de 0,5 ppm d’éthylène, les fleurons du muflier se détachent — pas fanés, pas ternis : détachés. On parle de shattering dans le métier anglophone, et l’effet est visible en vingt-quatre heures. Un matin, la tige est intacte ; le lendemain, les fleurons sont sur la table.
Détail contre-intuitif : ce sont les fleurons les plus âgés de l’épi, ceux du bas, qui sont les plus sensibles. La tige se déshabille donc par le bas, là où elle était la plus fournie.
Le muflier rejoint ici le delphinium et l’œillet dans le club des fleurs à traiter absolument, à l’opposé exact du gerbera, qui ignore l’éthylène. La conséquence pratique est la même que pour les autres : pas de corbeille de fruits dans la pièce. Une pomme ou une banane mûre émet assez d’éthylène pour dépasser le seuil dans un volume fermé.
Ce que fait le producteur avant que vous la voyiez
Deux traitements protègent la tige, et tous deux agissent en amont, chez le producteur ou le grossiste : le 1-MCP, un gaz qui vient occuper les récepteurs à éthylène de la plante, et le STS (thiosulfate d’argent), appliqué en trempage rapide, qui bloque les mêmes récepteurs par une autre voie. L’un comme l’autre empêchent la chute des fleurons.
À cela s’ajoute souvent un trempage nocturne à 20 °C dans une solution sucrée à 7 %, qui charge la tige en réserves ; et, pour faire ouvrir des boutons trop fermés, une solution de 8-HQC à 300 ppm avec 1,5 % de sucre. Ce ne sont pas des gestes de particulier — c’est de la logistique florale. Mais savoir qu’ils existent explique pourquoi deux bottes de mufliers d’apparence identique ne tiennent pas pareil.
Une nuance à connaître : certaines variétés récentes ont été sélectionnées pour résister à l’éthylène. Le muflier n’est donc plus uniformément fragile. Sans étiquette, on ne peut pas savoir laquelle on a, et la prudence reste la règle.
La tige qui se redresse toute seule
Couchez une botte de mufliers sur une table et revenez quelques heures plus tard : les pointes se sont relevées. Ce n’est pas une impression. Le muflier est l’une des fleurs coupées les plus sensibles à la gravité — on parle de gravitropisme négatif : l’extrémité de la tige perçoit la verticale et pousse activement à l’opposé de l’attraction terrestre, même coupée, même dans le noir.
Le résultat est une tige en crosse, définitivement courbée à l’endroit où elle a réagi. Une fois la courbure installée, on ne la défait pas ; on peut seulement la cacher dans une composition, ou l’assumer comme ligne.
D’où la seule règle qui compte : le muflier se stocke et se transporte debout. C’est la même consigne que pour le lisianthus et le delphinium, mais pour une raison différente — chez eux c’est une question de casse et de tenue, ici c’est une question de géométrie irréversible.
Deux corollaires utiles :
- Une tige légèrement courbée, remise debout, bien hydratée et en pleine lumière, peut se redresser en partie — le même mécanisme joue alors dans le bon sens.
- En vase, un muflier penché sur le bord finira par relever sa pointe. Si vous voulez une ligne droite, donnez-lui un appui vertical dès le premier jour.
La recherche postrécolte cherche encore à bloquer chimiquement cette courbure, notamment par des antagonistes du calcium — le calcium étant le messager qui transmet le signal de gravité dans la tige. Rien de tout cela n’est passé dans la pratique courante : à ce jour, le seul remède fiable reste le seau vertical.

Les gestes, dans l’ordre
| À l’arrivée | Recouper 2 à 3 cm en biseau, retirer les feuilles immergées, mettre debout dans une eau propre avec conservateur. |
| Eau | Qualité moyenne suffisante ; éviter l’eau adoucie, dont le sodium est mal supporté. |
| Position | Debout, toujours. Jamais couché, même une nuit. |
| Température | 1 à 3 °C en réserve ; loin des radiateurs et du plein soleil en vase. |
| Humidité en chambre | 75 à 85 %. |
| Fruits | Aucun dans la pièce. |
| Entretien | Retirer les fleurons fanés du bas : la pointe continue de s’ouvrir et la tige reste présentable. |
| Conservation en froid | 7 à 10 jours à 0-1 °C sous film ; jusqu’à trois semaines à −1 °C en conditions professionnelles. |
Un mot sur le geste le plus rentable : ôter les fleurons du bas dès qu’ils passent. Sur une fleur d’épi, c’est ce qui fait la différence entre une tige qui a l’air fatiguée au quatrième jour et une tige encore belle au huitième, parce que le regard se porte alors sur la partie qui s’ouvre.
Ce qu’on lui demande dans un bouquet
Le muflier est une fleur de ligne : son rôle n’est pas d’attirer le regard au centre, mais de donner la hauteur et la direction. Dans le vocabulaire du bouquet, c’est le contraire d’une fleur de point focal comme le gerbera ou la pivoine.
Il occupe la même case que le glaïeul, le delphinium et la giroflée, et se substitue à eux quand ils manquent — un réflexe utile pour les grosses compositions de mariage ou de deuil, où il faut de la verticale en quantité. Ses tiges droites apportent de la structure ; ses tiges naturellement courbes, elles, servent de ligne souple, et c’est le seul cas où le gravitropisme devient un allié.
Il s’accorde bien avec ce qui est rond et dense : roses, lys, lisianthus, pivoines. C’est d’ailleurs exactement ce que montrent les photos de cette page.
Toxicité : rien à signaler
Bonne nouvelle, et elle est assez rare pour être dite : le muflier est répertorié comme non toxique pour le chat et le chien par l’ASPCA, la référence américaine en la matière.
La nuance habituelle s’applique : non toxique ne veut pas dire comestible. Un animal qui mâchonne une quantité importante de n’importe quel végétal peut vomir ou faire une diarrhée. Mais il n’y a pas ici de mécanisme toxique documenté.
Cela le place à l’exact opposé de deux fleurs qu’on met pourtant dans les mêmes bouquets : le lys, dont toutes les parties sont mortelles pour le chat, et le delphinium, sérieusement toxique par ses alcaloïdes. Dans un foyer avec un chat, le muflier est une des fleurs de ligne les plus sûres.
Au jardin : une vivace qu’on traite en annuelle
Le muflier est botaniquement une vivace, mais gélive : sous nos climats elle passe rarement plus d’un hiver ou deux, et on la cultive donc en annuelle. En situation abritée et en sol drainant, elle encaisse des gelées autour de −5 °C et repart parfois au printemps. Elle se ressème volontiers seule, et on la trouve naturalisée sur de vieux murs.
- Semis : au chaud, 8 à 10 semaines avant les dernières gelées. Les graines sont minuscules et germent en 7 à 14 jours ; on ne les recouvre quasiment pas.
- Pincement : quand le plant fait 8 à 10 cm, on le rabat à 4-5 cm. C’est le geste qui fait la différence entre une tige unique et une touffe ramifiée qui donnera plusieurs coupes.
- Plantation : après les gelées, à 20-40 cm selon la variété — plus serré pour des tiges longues et droites destinées à la coupe, plus large pour du massif.
- Exposition et sol : plein soleil, sol riche, humifère et surtout drainant.
- Entretien : supprimer les fleurs fanées prolonge la floraison de plusieurs semaines. Les grandes variétés à tiges hautes demandent un filet ou des tuteurs.
- Ennemis : oïdium, mildiou, pucerons, et surtout la rouille, qui est la maladie signature du muflier. Elle s’installe par temps doux et humide et se combat par l’aération et l’arrosage au pied, jamais sur le feuillage.
Les quatre groupes, et pourquoi ils comptent
Les mufliers de culture professionnelle sont classés en quatre groupes selon la longueur du jour et la température qu’ils réclament pour fleurir. Ce classement ne figure jamais sur un sachet de jardinerie, mais il explique des échecs courants.
| Groupe | Fleurit | Conditions |
| I | En hiver | Jours courts, faible lumière — sous abri |
| II | Fin d’hiver à début de printemps | Jours et températures en hausse |
| III | Printemps | Intermédiaire |
| IV | Été | Forte lumière, jours longs, nuits au-dessus de 15 °C |
Semer un groupe IV pour une récolte de printemps, ou un groupe I en plein été, donne des plantes qui montent mal ou fleurissent trop vite sur des tiges courtes. Pour une culture d’été en plein champ — le cas de figure du jardin — ce sont les groupes III et IV qu’il faut, ceux des séries Rocket et Potomac. Les séries Chantilly, plus précoces, relèvent des groupes I et II.
Ce qui reste après la fleur
Il faut laisser une tige monter en graines au moins une fois pour voir ça. Le fruit du muflier est une capsule ovoïde de 10 à 14 mm qui, en séchant, s’ouvre par trois pores — deux en haut, un en bas. Et l’ensemble ressemble à s’y méprendre à un petit crâne : deux orbites, une bouche béante.
La plante qui joue au dragon vivante finit donc en tête de mort. C’est un cadeau pour qui aime les bouquets secs — un épi de capsules, sec, tient indéfiniment, comme les hortensias séchés — et une bonne raison de ne pas tout couper.
Le muflier dans l’année
| Février-mars | Semis au chaud |
| Mars-avril | Repiquage, pincement des jeunes plants |
| Mai | Plantation en place après les gelées |
| Juin à octobre | Floraison et coupe ; supprimer les fleurs fanées |
| Septembre-octobre | Récolte des capsules pour le semis suivant |
| Toute l’année | Disponible en fleur coupée grâce aux cultures sous abri (groupes I et II) |
Sa vraie saison française reste l’été et le début de l’automne : c’est là qu’on le trouve en production locale, sur des tiges plus longues et moins chères. Le calendrier des fleurs de saison le classe dans les valeurs sûres de juin à octobre.
Questions fréquentes
Mes fleurons tombent en une nuit, pourquoi ?
C’est presque toujours l’éthylène. Cherchez une corbeille de fruits, un légume qui mûrit, un bouquet fané à côté, ou une pièce mal ventilée. Le seuil est très bas — 0,5 ppm suffit — et l’effet apparaît en vingt-quatre heures, en commençant par le bas de l’épi. Une tige non traitée au STS ou au 1-MCP n’a aucune défense.
Ma tige s’est courbée en crosse. Puis-je la redresser ?
Partiellement, et seulement si la courbure est récente. Remettez la tige seule, bien droite, dans un vase étroit, en pleine lumière et en eau propre : le même gravitropisme qui l’a courbée travaillera dans l’autre sens. Une courbure ancienne et lignifiée, elle, est acquise. La vraie réponse est préventive : ne jamais coucher un muflier.
Combien de temps tient-il ?
Cinq à dix jours. C’est moins que l’œillet ou le lisianthus, comparable au delphinium. L’écart entre cinq et dix tient à trois choses : le stade d’achat, le traitement anti-éthylène reçu en amont, et le fait qu’on retire ou non les fleurons fanés du bas.
Pourquoi seuls les bourdons peuvent-ils l’ouvrir ?
Parce que la lèvre inférieure de la corolle forme un bourrelet, le palais, qui referme l’entrée. Il faut à la fois du poids et de la force pour l’écarter, et les abeilles domestiques n’en ont pas assez. La fleur ne se rend accessible qu’à un visiteur capable de la manœuvrer — ce qui garantit que son pollen ira sur une autre fleur de la même espèce.
Existe-t-il des mufliers bleus ?
Non. La gamme va du blanc au bronze, avec des pourpres profonds qui peuvent en donner l’impression sur photo, mais le muflier ne produit pas de delphinidine, le pigment des vrais bleus. Il partage cette limite avec la rose et l’œillet. Des graines vendues comme « mufliers bleus » sont soit du pourpre, soit une autre plante.
Est-il dangereux pour un chat ?
Non : l’ASPCA le classe non toxique pour le chat comme pour le chien. C’est un des rares points où il est plus sûr que la plupart de ses voisins de bouquet — et notamment que le lys, qui est mortel pour le chat.
Puis-je récupérer mes graines ?
Oui, et c’est facile : laissez quelques épis monter en capsules, récoltez-les secs à l’automne, et videz-les au-dessus d’une feuille. La plante cultivée étant autofertile, les graines lèvent bien. En revanche, les variétés horticoles étant des hybrides, la descendance ne ressemblera pas forcément au parent — ce qui est plutôt amusant.
Ce sur quoi les sources ne s’accordent pas
- La famille. Les fiches horticoles françaises rangent encore le muflier chez les Scrofulariacées ; la classification phylogénétique le place chez les Plantaginacées, avec les plantains et les véroniques. Les deux se lisent, la seconde est celle qui a cours en botanique aujourd’hui.
- Le stade de récolte. De « deux à cinq fleurons ouverts » à « les deux tiers inférieurs », l’écart est grand. Il s’explique par la distance de transport, mais aucune source ne le dit franchement — il faut recouper les contextes pour comprendre.
- La tenue en vase. Cinq à dix jours selon les fiches professionnelles, « bonne tenue » sans chiffre chez les fournisseurs. La fourchette est large parce qu’elle recouvre des tiges traitées et des tiges qui ne le sont pas.
- La taille du génome. Les estimations tournent autour de 430 mégabases, mais les auteurs eux-mêmes signalent que la valeur réelle est probablement supérieure. Nous donnons donc un ordre de grandeur plutôt qu’un chiffre.
- La zone hybride pyrénéenne. Le rôle des bourdons dans le maintien de la frontière de couleur est l’hypothèse dominante, pas un fait établi. D’autres mécanismes de sélection sont à l’étude.
Pour continuer
- Le delphinium — l’autre grande fleur d’épi, avec la même fragilité à l’éthylène et l’autre type de serrure florale.
- La rose — l’autre fleur privée de delphinidine, et pourquoi elle le restera.
- Le lys — le voisin de bouquet le plus dangereux pour un chat.
- Le gerbera — l’exact opposé face à l’éthylène.
- Le vocabulaire du bouquet — fleur de ligne, point focal, épi : les mots employés ici.
- Le calendrier des fleurs de saison — quand le muflier est vraiment de saison en France.
- L’anémone — la stratégie inverse : aucune serrure, aucun nectar, et trois couleurs pour trois pollinisateurs.
- L’alstroemère — l’autre fleur zygomorphe : elle balise l’entrée au lieu de la verrouiller.
- Le muflier en photo — l’épi de près : boutons verts au sommet, fleurs saumon ouvertes à la base.
Flore Oger
Flore Oger apprend le métier de fleuriste. Passionnée de botanique, elle partage ici les gestes, le vocabulaire et les coulisses de son apprentissage : comment naît un bouquet, pourquoi telle fleur à telle saison, ce qu'on apprend en atelier et ce qu'on n'apprend qu'en le faisant. Pour les curieux comme pour les futurs professionnels.
Aucune note pour l’instant.