Le chrysanthème : culture, floraison et entretien

Le chrysanthème des fleuristes est une vivace de jours courts : sa floraison se déclenche quand les nuits s’allongent, ce qui explique à la fois sa saison naturelle et la façon dont les producteurs la pilotent au jour près. Il se plante au printemps en sol bien drainé et au soleil, se pince deux ou trois fois entre mai et juillet, se multiplie très facilement par bouture, et redoute davantage l’humidité stagnante que le froid. Une potée achetée en octobre peut être plantée au jardin : rabattue et paillée, elle repart souvent l’année suivante.

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Sommaire

Carte d’identité

Nom botaniqueChrysanthemum × morifolium
SynonymesChrysanthemum × grandiflorum, Dendranthema × grandiflorum
Noms courantsChrysanthème des fleuristes, chrysanthème d’automne, pomponnette
FamilleAstéracées
OrigineExtrême-Orient, Chine et Japon
TypeVivace herbacée à souche rhizomateuse
FloraisonDe septembre à janvier selon les variétés
ExpositionSoleil ; mi-ombre acceptée dans le Midi
SolDrainé avant tout, plutôt riche, pas de calcaire excessif
RusticitéTrès variable : de −5 °C pour une potée forcée à −15 °C pour un cultivar de jardin
MultiplicationBouturage, division de touffe

Cette fiche traite la culture. Le choix d’une potée en jardinerie et les alternatives pour fleurir une tombe sont couverts dans l’article consacré aux fleurs de la Toussaint ; l’histoire de la tradition funéraire fait l’objet d’un texte à part.

Une plante qui a changé deux fois de nom

Si vous cherchez des informations sur le chrysanthème, vous allez tomber sur trois noms latins différents pour la même plante, et cette confusion a une histoire précise.

En 1961, le botaniste russe Nikolaï Tzvelev applique strictement les règles du Code international de nomenclature botanique au genre Chrysanthemum. Le résultat est brutal : toutes les espèces en sont exclues sauf deux. Les chrysanthèmes des fleuristes se retrouvent reclassés dans le genre Dendranthema. Les horticulteurs, qui n’ont aucune envie de rebaptiser un produit vendu par millions, ne s’exécutent pas. Il faudra attendre 1995 et le travail d’un horticulteur installé en Angleterre, Piers Trehane, pour que l’ancien nom soit restauré.

D’où la situation actuelle. Le nom accepté est Chrysanthemum × morifolium ; Chrysanthemum × grandiflorum et Dendranthema × grandiflorum en sont des synonymes parfaitement valides. Vous croiserez les trois, notamment Dendranthema dans les textes réglementaires et les publications techniques rédigés pendant les trente-quatre années d’intervalle.

Un mot sur ce que le nom « chrysanthème » recouvre en français, car c’est plus large qu’on ne croit. On appelle ainsi le chrysanthème des fleuristes, mais aussi la marguerite d’automne (Chrysanthemum zawadskii, longtemps appelé rubellum), le chrysanthème à carène cultivé en annuelle, et par extension quelques cousins que la botanique a depuis logés ailleurs — la grande marguerite est devenue un Leucanthemum, le chrysanthème couronné un Glebionis. Quand une fiche de culture annonce « rustique à −15 °C » sans préciser l’espèce, il y a de bonnes chances qu’elle parle d’une plante différente de celle que vous avez achetée.

Pourquoi il fleurit en automne

C’est le point qui, une fois compris, éclaire tout le reste : la saison de floraison, les techniques de production, et même certains échecs au jardin.

Le chrysanthème est une plante de jours courts. Sa floraison n’est pas déclenchée par la température ni par l’âge de la plante, mais par la durée d’éclairement : elle s’initie lorsque le jour descend sous un seuil situé autour de dix heures. En France, ce seuil est franchi à la fin de l’été, et la floraison suit quelques semaines plus tard. D’où l’automne.

Une précision importante, et souvent escamotée : ce que la plante mesure, c’est la longueur de la nuit, pas celle du jour. La nuance n’est pas académique. Elle implique qu’une nuit interrompue par une source lumineuse, même brève, n’est plus lue comme une nuit longue — et la floraison ne se déclenche pas. C’est le phénomène que les producteurs appellent le « flashage ».

Toute la production commerciale repose là-dessus. Pour avancer une floraison, on occulte : des rideaux opaques allongent artificiellement la nuit, typiquement de dix-huit heures à huit heures. Pour la retarder, on éclaire par intermittence pendant la nuit, quelques minutes par heure suffisent. La technique est ancienne — c’est la plus ancienne application horticole du photopériodisme — et elle explique qu’on trouve des chrysanthèmes en fleurs coupées toute l’année, y compris en juin.

Pour un jardin, deux conséquences pratiques. La première : un chrysanthème planté sous un lampadaire, près d’une terrasse éclairée le soir ou contre une façade avec détecteur de mouvement peut fleurir en retard, mal, ou pas du tout. C’est une explication rarement envisagée quand une touffe reste obstinément verte en novembre. La seconde : inutile d’espérer avancer la floraison par la fertilisation ou l’arrosage. Ces leviers agissent sur la vigueur, pas sur la date.

Planter

Quand

Au printemps, sans hésitation. La plante ne fleurira qu’à la fin de l’été ou en automne, mais elle aura eu six mois pour s’enraciner, et c’est cet enracinement qui décide de sa survie au premier hiver. Une plantation d’automne réussit parfois ; elle réussit beaucoup moins souvent.

Le cas de la potée achetée pour la Toussaint est traité plus bas : c’est une plantation d’automne, avec les réserves que cela suppose.

Au soleil. La mi-ombre n’est envisageable que dans les régions méridionales, et encore, en acceptant une floraison moins dense.

Le sol est le vrai critère. Le chrysanthème redoute l’humidité stagnante au niveau des racines bien plus que le froid : c’est presque toujours l’excès d’eau hivernal, et non le gel, qui tue une touffe. Un sol lourd et argileux qui reste détrempé de décembre à mars fera mourir un cultivar donné pour −15 °C dans une région où il ne descend jamais sous −8 °C.

Si votre terre est lourde, corrigez à la plantation : compost pour la structure, et une bonne dose de sable grossier de rivière — pas de sable fin, qui compacte au contraire. Une plantation légèrement surélevée, en butte, règle beaucoup de problèmes.

Comment

Espacez d’environ 40 à 50 cm selon le développement de la variété. C’est plus que ce qu’on croit nécessaire au printemps, quand les plants sont petits, et c’est pourtant le minimum : un feuillage serré qui ne sèche jamais est une invitation à l’oïdium et à la rouille.

En pot, comptez un contenant de trois à cinq litres pour une plante adulte, avec un drainage réel au fond et un terreau qui ne se compacte pas. Le pot sèche vite en été et gorge d’eau en hiver — les deux extrêmes que la plante supporte mal.

Entretenir

Le pincement, le geste qui change tout

Un chrysanthème qu’on laisse pousser seul produit quelques grandes fleurs sur des tiges longues qui s’écartent du centre et cassent sous le poids. Le même, pincé, forme une touffe trapue couverte de dizaines de fleurs. C’est la différence entre une plante décevante et une potée digne du commerce, et cela ne coûte que quelques minutes.

Le principe : on supprime l’extrémité tendre d’une tige, sur deux ou trois centimètres, entre les doigts. Chaque tige pincée se ramifie et en produit deux ou trois. On répète l’opération deux ou trois fois.

  • Premier pincement quand les jeunes pousses atteignent 10 à 15 cm, au printemps.
  • Deuxième pincement environ un mois plus tard, sur les nouvelles ramifications.
  • Dernier pincement courant juin, ou début juillet au plus tard.

La date du dernier pincement conditionne celle de la floraison : plus il est tardif, plus la floraison recule. Chez les producteurs, ce calage se fait à la semaine près en fonction de la variété et de la région, et c’est un savoir-faire à part entière. Au jardin, s’arrêter fin juin donne de bons résultats sans calcul compliqué. Pincer en août, en revanche, revient à supprimer les boutons qui étaient en train de se former.

Le geste inverse existe aussi. Pour obtenir peu de fleurs mais très grosses — la logique du chrysanthème à grosse tête — on supprime au contraire les boutons secondaires et ceux du centre de la touffe, en ne gardant qu’un bouton par tige. C’est exactement le même levier, actionné dans l’autre sens.

Arrosage, fertilisation, tuteurage

Arrosez quand le sol est sec, surtout en pot, où le substrat doit rester frais sans être détrempé. Un point qui compte plus qu’il n’y paraît : arrosez au pied, jamais sur le feuillage. L’eau libre qui stagne sur les feuilles est la condition d’installation de la rouille et de l’oïdium. C’est le même conseil que pour la tomate, pour la même raison.

Côté fertilisation, un apport de compost au printemps suffit en pleine terre. En pot, un engrais pour plantes fleuries pendant la période de croissance, interrompu dès l’apparition des boutons.

Les variétés hautes, notamment celles à grosses fleurs, demandent un tuteurage installé avant que la plante n’en ait besoin. Un tuteur planté après la première pluie battante arrive trop tard.

Pendant la floraison, supprimez les fleurs fanées au fur et à mesure, en coupant juste au-dessus d’une feuille saine. La plante cesse de dépenser son énergie dans des tissus abîmés et la floraison se prolonge.

Multiplier

Le bouturage

C’est la méthode des producteurs, et c’est aussi la plus généreuse pour un jardin : un seul pied mère fournit des dizaines de plants.

La période va de février à mai. Le pied mère, conservé à plus de 7 °C, émet des pousses à la base. Dès qu’elles atteignent une dizaine de centimètres, on choisit les pousses latérales fermes et vigoureuses, indemnes de toute tache, et on les détache d’un coup sec en partant bien de la base.

Les boutures s’installent en caissette dans un mélange à parts égales de terreau et de sable grossier — la vermiculite fait aussi bien. On maintient humide sous plastique transparent, à la lumière vive mais sans soleil direct.

La règle que j’ai retenue de la littérature horticole tient en une formule : les pieds au chaud, la tête au frais. Autour de 14 °C au niveau du substrat, sans dépasser 15 °C dans l’air ambiant. L’enracinement prend deux à trois semaines. Dès les premiers signes de reprise, on aère progressivement, puis on rempote en godets de 10 cm que l’on garde en serre froide jusqu’à la mise en place.

La division de touffe

Plus simple, moins productive, et utile de toute façon : une touffe âgée de trois ou quatre ans se dégarnit au centre et gagne à être divisée. On procède au printemps, jamais en automne, pour laisser aux éclats le temps de s’installer. On écarte la partie centrale épuisée et on replante les fragments périphériques, ceux qui portent de jeunes pousses vigoureuses.

Le semis

Réservé aux chrysanthèmes annuels — le chrysanthème à carène, le chrysanthème couronné — qu’on sème en pépinière dès février-mars ou directement en place à partir de mai, en espaçant d’une cinquantaine de centimètres.

Semer un chrysanthème des fleuristes n’a aucun intérêt pratique : ce sont des hybrides horticoles, et la descendance ne ressemblera pas au parent. Si vous voulez conserver une variété, c’est la bouture ou rien.

Maladies et ravageurs

La plupart des problèmes se préviennent par deux gestes déjà mentionnés : espacer les plants et ne pas mouiller le feuillage.

Les pucerons sont le ravageur numéro un, et les bulletins de santé du végétal les signalent chaque automne dans les cultures, installés au cœur des jeunes feuilles et à l’intérieur des boutons floraux. Ils y sont difficiles à atteindre, d’où l’intérêt de les repérer tôt. Les larves de syrphe et les Aphidius font une bonne part du travail si on leur en laisse l’occasion.

Viennent ensuite les chenilles défoliatrices, très polyphages, et les thrips, discrets parce que cachés dans les boutons : on ne découvre leur passage qu’à l’épanouissement, quand les pétales apparaissent décolorés.

Côté champignons, l’oïdium forme une pellicule blanchâtre sur feuilles et tiges. La rouille brune (Puccinia tanaceti) produit des pustules brun-orangé sur la face inférieure des feuilles, entourées d’un halo pâle.

La rouille blanche mérite un paragraphe à part. Causée par Puccinia horiana, identifiée au Japon en 1895, elle produit des pustules blanches à rosées qui rendent les plantes invendables. C’est un organisme réglementé, avec une nuance que peu de fiches précisent : son statut de quarantaine porte sur les jeunes plants avant plantation, pas sur la plante adulte ni sur le jardin d’amateur. Elle a fait l’objet de programmes de recherche français conduits par l’ASTREDHOR et Vegenov à partir de 2006, qui ont abouti à un outil moléculaire de détection et à l’homologation de produits alternatifs. Concrètement, pour un jardin : si vous voyez des pustules blanches, éliminez les parties atteintes et ne compostez pas les débris.

Sauver une potée de Toussaint

Vingt et quelques millions de potées sont achetées chaque année en France, et l’immense majorité finit au compost en novembre. C’est récupérable, dans une certaine mesure — et autant le dire franchement, la réussite n’est pas garantie.

Le handicap de départ est réel : la plante a été forcée sous abri, ses tissus sont tendres, elle n’a pas été endurcie par les nuits fraîches de septembre, et on l’installe au moment de l’année le plus défavorable à un enracinement. Les variétés à petites fleurs s’en sortent nettement mieux que les grosses têtes.

En pleine terre. Attendez la fin de la floraison. Rabattez les tiges à 10 ou 15 cm du sol — les vieilles tiges laissées en place pourrissent sous la pluie et la neige, et la pourriture gagne la couronne. Choisissez l’emplacement le mieux drainé dont vous disposez, plein soleil. Paillez ensuite d’une dizaine de centimètres de feuilles mortes saines, de paille ou de broyat, sans tasser sur la couronne. Au printemps, retirez le paillis dès les premières pousses, sous peine d’étouffement.

En pot. Placez le pot à l’abri de la pluie, sous un débord de toit par exemple, et surélevez-le sur des cales ou un caillebotis pour l’isoler du sol froid. Arrosez seulement quand le mélange est presque sec. Un voile d’hivernage ou du papier bulle autour du pot suffit pour les variétés fragiles. C’est souvent plus sûr que la pleine terre la première année.

Dans les régions à hivers rigoureux, une troisième voie existe, celle des jardiniers d’autrefois : déterrer les souches après rabattage, les mettre en caisse dans une terre à peine humide, et les stocker dans un local hors gel et aéré jusqu’au printemps.

Si la touffe repart, pincez-la au printemps comme n’importe quel chrysanthème de jardin. La deuxième année est généralement bien meilleure que la première.

Le calendrier du chrysanthème

PériodeCe qu’on fait
Février – maiBouturage à partir des pousses de base du pied mère
Mars – avrilRabattage des vieilles tiges au ras du sol, retrait du paillis, division des touffes âgées
Avril – maiPlantation ; premier pincement à 10-15 cm
Mai – juinDeuxième pincement, mise en place des tuteurs
Fin juin – début juilletDernier pincement — au-delà, on supprime les futurs boutons
AoûtInitiation florale, déclenchée par le raccourcissement des jours
Septembre – novembreFloraison ; suppression des fleurs fanées
Novembre – décembreRabattage à 10-15 cm après floraison, paillage

Questions fréquentes

Mon chrysanthème ne refleurit pas, pourquoi ?

Trois causes possibles. Un pincement trop tardif, en août, qui a supprimé les boutons en formation. Un emplacement trop ombragé. Ou, cause souvent ignorée, un éclairage nocturne à proximité : la plante mesure la longueur de la nuit, et une nuit interrompue par la lumière n’est pas lue comme une nuit longue.

Le chrysanthème est-il vivace ou annuel ?

Le chrysanthème des fleuristes est une vivace. Il est vendu et traité comme un consommable saisonnier, ce qui n’est pas la même chose. Quelques espèces du groupe, comme le chrysanthème à carène, sont réellement annuelles.

Chrysanthemum ou Dendranthema, quel est le bon nom ?

Le nom accepté aujourd’hui est Chrysanthemum × morifolium. Dendranthema × grandiflorum est un synonyme valide, hérité du reclassement de 1961 qui a été annulé en 1995. Les deux désignent la même plante.

Les feuilles jaunissent par le bas, que faire ?

C’est presque toujours un excès d’eau. Vérifiez que le pot n’est pas posé dans une soucoupe pleine ou dans un cache-pot fermé, et laissez sécher le substrat entre deux arrosages. En pleine terre, le problème vient du drainage et se règle à la replantation, pas en cours de saison.

Peut-on le couper pour faire un bouquet ?

Oui, et c’est même l’une des meilleures fleurs de vase qui soient : elle tient facilement deux semaines. Coupez le matin, retirez les feuilles immergées, et changez l’eau régulièrement.

Existe-t-il des chrysanthèmes bleus ?

Pas naturellement. Aucune variété ne produit de bleu franc. Les potées bleues du commerce sont colorées artificiellement, et les repousses reviennent à la teinte d’origine.

Flore Oger

Flore Oger apprend le métier de fleuriste. Passionnée de botanique, elle partage ici les gestes, le vocabulaire et les coulisses de son apprentissage : comment naît un bouquet, pourquoi telle fleur à telle saison, ce qu'on apprend en atelier et ce qu'on n'apprend qu'en le faisant. Pour les curieux comme pour les futurs professionnels.

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