Le premier mot du métier que j’ai entendu sans le comprendre, c’est « remonter ». Quelqu’un a dit d’un bouquet qu’il était remonté, et j’ai cherché ce qui pouvait bien l’être — le prix, le moral, la tige. C’était le troisième sens : les fleurs avaient été démontées puis réassemblées une à une sur des fils. Personne, dans un atelier, n’explique un mot qu’il emploie vingt fois par jour.
Les glossaires de fleuristerie en ligne rangent les mots par ordre alphabétique. C’est commode pour vérifier une définition, et inutile pour apprendre : « biseauter » y voisine avec « bolduc », qui n’a rien à voir, tandis que « lier » se retrouve à trente entrées de « point de liage », qui en est le résultat. On retient les mots d’un métier comme ceux d’une langue : par familles, en comprenant quand ils servent.
Ce glossaire range donc le vocabulaire en cinq familles : les gestes, les rôles, les pièces, la matière, le commerce. Chaque entrée donne le mot, sa définition, et l’équivalent anglais ou allemand quand il éclaire quelque chose. J’indique aussi, quand je l’ai vérifié, si le mot figure dans le référentiel du CAP ou s’il n’existe qu’en boutique : la différence compte le jour d’un examen.
Six pièces reviennent plus souvent que les autres, et chacune se reconnaît à sa silhouette. Chaque dessin mène à sa définition détaillée dans les pièces du métier : forme, montage, usage et confusions.






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Pourquoi ranger les mots en cinq familles plutôt qu’en ordre alphabétique
Un mot de fleuriste appartient presque toujours à l’une de ces cinq catégories, et savoir laquelle suffit souvent à deviner le sens. Un verbe désigne un geste des mains. Un nom abstrait — focale, rythme, accent — désigne un rôle. Un nom concret et un peu ancien — raquette, coussin, croix — désigne une pièce à fabriquer. Un mot du commerce désigne un moment de la vie de la fleur avant la main du fleuriste.
Cette organisation n’est pas la mienne : c’est celle des manuels allemands, qui séparent les Techniken, les gestes, des Gestaltungsgrundlagen, les principes de composition, et des Werkstücke, les pièces. Le français mélange les trois.
Les gestes : les verbes du métier
Ce sont les mots qu’on entend le plus et qu’on lit le moins. Deux temps : ce qu’on fait à une tige seule, et ce qu’on fait pour en réunir plusieurs.
Préparer une tige : ébarber, épiner, recouper, biseauter, fendre, brûler
- Ébarber — retirer les feuilles qui se retrouveraient sous la ligne d’eau. C’est le geste qui a le plus d’effet sur la durée de vie d’un bouquet.
- Épiner — ôter les épines, presque toujours celles d’une rose. Anglais to dethorn, allemand entdornen.
- Recouper — reprendre l’extrémité de la tige pour rouvrir les vaisseaux obstrués, à l’arrivée puis à chaque changement d’eau.
- Biseauter — couper en oblique. Le référentiel du CAP écrit « tiges propres et en biseau » : c’est l’un des rares gestes que le texte officiel décrit dans ses attendus.
- Fendre — ouvrir la base d’une tige ligneuse sur deux ou trois centimètres. Geste traditionnel et discuté : la recherche post-récolte lui reproche d’offrir une surface déchirée aux bactéries.
- Brûler — passer la coupe à la flamme quelques secondes pour arrêter l’écoulement du latex. Plusieurs de ces espèces laiteuses sont irritantes ou toxiques, sujet traité dans l’article sur les fleurs dangereuses pour le chat et le chien.
- Forcer — provoquer une floraison hors saison par la chaleur ou le froid, en culture. Le mot n’est pas un geste d’atelier, mais il explique pourquoi certaines fleurs sont là en février.
- Stabiliser — remplacer la sève par une solution à base de glycérine, ce qui fige la fleur des mois durant. Une fleur stabilisée n’est ni fraîche ni séchée, et elle ne boit plus.
Assembler : piquer, lier, monter, remonter, filer, guiper, coller, ligaturer
- Piquer — enfoncer une tige dans un support qui la retient et l’alimente : c’est le piquage. Le référentiel ajoute le moussage, la mise en place du bloc avant de piquer.
- Lier — serrer les tiges en un point unique. Le nom du geste est le liage ; le référentiel demande des « liens adaptés : solides et esthétiques ».
- Monter — assembler des éléments préparés séparément, souvent filés, en une pièce unique. C’est le montage.
- Remonter — démonter une fleur, puis la reconstruire sur un support artificiel : pétales ou fleurons sont réassemblés autrement qu’ils n’ont poussé. Le « petit bouquet remonté » figure tel quel au CAP.
- Filer — traverser ou longer une tige d’un fil pour la soutenir, la prolonger ou lui donner une direction. Le gerbera, à tige creuse, en est le cas d’école.
- Guiper — recouvrir ce fil d’un ruban souple qui l’habille et le rend étanche. Le verbe vient du textile, où guiper signifie recouvrir un fil d’un autre fil — d’où la guipure.
- Coller — fixer un élément léger sans le percer. Le référentiel distingue la colle froide, tolérée par les tissus vivants, et la colle chaude, réservée aux matériaux secs.
- Ligaturer — attacher fermement, à plat, sans nœud apparent : une ligature maintient, elle ne décore pas. Mot du référentiel ; l’atelier dit « attacher ».
La manière dont les tiges se croisent toutes dans le même sens au moment du liage est détaillée dans l’article sur le point de spirale. Voici ces gestes dans les trois langues des fiches techniques.
| Français | Anglais | Allemand |
|---|---|---|
| Ébarber | to strip | entlauben |
| Piquer | to insert | stecken |
| Lier | to tie, to bind | binden |
| Filer | to wire | andrahten |
| Guiper | to tape | wickeln |
| Rallonger une tige | to extend | verlängern |
| Rembourrer un pétale | — | wattieren |
| Attelle sur une tige molle | — | schienen |
Les deux dernières lignes méritent un mot. L’allemand a des verbes pour des opérations que le français ne nomme pas : wattieren, ouater un pétale par-dessous pour lui rendre du galbe, et schienen, poser une attelle le long d’une tige affaissée. Un manque qu’on ne remarque qu’en lisant une autre langue.
Les mots que le référentiel nomme exactement
Sept mots reviennent dans le texte officiel du CAP Fleuriste et dans ses annexes, et ce sont ceux sur lesquels il faut être précis : piquage, liage, montage, remontage, collage, faisceau, mousse hydrophile. S’y ajoutent ligature, biseau et moussage. L’épreuve qui les évalue s’intitule « Préparation et confection d’une production florale ».
Une remarque qui m’a troublée : les versions du document ne s’accordent pas. Là où les annexes écrivent « chambre froide » et « remise en eau », le corps du référentiel dit « chambre climatique » et « mise à l’eau des fleurs coupées ». Les épreuves sont décrites dans l’article sur les ateliers et les diplômes du métier.
Les rôles et les mots de la composition
Focale, secondaire, remplissage, feuillage, structure
- Focale — la fleur qu’on voit en premier et sur laquelle l’œil revient. Anglais focal flower ; l’allemand nomme Blickpunkt l’endroit où elle se place.
- Secondaire — plus petite que la focale, plus affirmée que le remplissage ; elle fait le lien entre les deux.
- Remplissage — matière fine et ramifiée qui crée du flou autour des masses nettes. Anglais filler.
- Feuillage — le vert, qui donne le volume, le fond, et masque la mécanique. Anglais greens.
- Structure et ligne — une branche, une tige arquée, une graminée : ce qui donne une direction sans rien remplir. Anglais line material.
Ces rôles ne sont pas des propriétés des fleurs mais des places dans un rapport de forces : la même rose change de rôle selon ce qui l’entoure. C’est l’objet de la grammaire d’une composition.
Rythme, texture, accent, groupement
- Rythme — la manière dont l’œil circule d’une masse à l’autre. Régulier, il calme ; varié, il anime.
- Texture — l’aspect de surface : velouté, satiné, duveteux, cireux. Seul contraste qui reste dans une composition blanche et verte, d’où l’exercice.
- Accent — allemand Akzent : une petite quantité fortement contrastée, posée à un seul endroit, qui souligne l’ensemble par différence. Trois baies noires dans un bouquet blanc font un accent ; trente en font une couleur.
- Groupement — allemand Gruppierung : réunir les tiges d’une même espèce en amas plutôt que les disperser. Un choix de composition, pas un hasard.
Les rapports de taille sous-jacents sont traités dans l’article sur les proportions d’un bouquet.
Point de liage, faisceau, point de départ
- Le point de liage est l’endroit physique où le lien serre les tiges. Allemand Bindestelle. Un bouquet lié n’en a qu’un : c’est ce qui lui permet de tenir debout sur ses propres tiges.
- Le faisceau est l’ensemble des tiges rassemblées sous ce point. Le mot est dans le référentiel — « tiges en faisceau » — et un faisceau propre, non croisé sous le lien, fait partie de ce qui est évalué.
- Le point de départ est optique, pas mécanique : le point d’où toutes les tiges semblent partir. Les manuels allemands l’appellent Ausgangspunkt et le décrivent comme imaginaire. Une composition peut avoir un point commun ou autant de points que d’éléments, et ce seul choix change son allure.
S’y ajoutent les modes de disposition allemands, les Anordnungsarten : radial, parallèle, entrecroisé. Ce sont eux qui distinguent les manières de composer décrites dans l’article sur les styles.
Les pièces : les objets qui portent un nom
Six d’entre elles reviennent plus souvent que les autres, et chacune est reprise en détail — forme, montage, taille, confusions — dans les pièces du métier.
Bouquets et compositions
- Bouquet rond — silhouette en dôme, vu de tous les côtés, tiges en spirale.
- Bouquet parallèle — tiges verticales non croisées, souvent plusieurs points de liage. L’allemand en fait un mode de disposition, parallele Anordnung, pas un type de bouquet.
- Cascade — bouquet à retombée plus longue que le corps. Anglais cascade, allemand Wasserfallstrauß.
- Gerbe — pièce allongée à face avant, portée dans le creux du bras. Anglais sheaf.
- Centre de table — composition basse, dont la hauteur doit laisser passer le regard d’un convive à l’autre.
- Arche — structure portante habillée de végétal, montée sur place. Le mot désigne l’objet, pas une technique.
Les trois mots que le public emploie le plus — rond, spiralé, structuré — ne désignent pas la même catégorie de chose, et c’est le sujet du vocabulaire du bouquet, le pilier de cette rubrique. Je n’y reviens pas ici.
Les pièces de deuil, le vocabulaire le plus codifié
C’est la famille où les mots sont les plus précis : la commande se passe au téléphone, et une erreur de terme donne une pièce inutilisable.
- Couronne — anneau végétal sur armature, présenté debout sur un trépied.
- Coussin — pièce pleine, ronde ou carrée, piquée sur mousse, posée près du cercueil.
- Raquette — pièce allongée à plat, posée sur le cercueil, longue couramment de soixante-dix à cent vingt centimètres. Le mot vient de la forme.
- Dessus-de-cercueil — pièce à plat couvrant le cercueil, plus large qu’une raquette.
- Croix — pièce montée sur armature, destinée à tenir plusieurs jours en extérieur.
- Devant de tombe — composition posée au sol devant la stèle, qui reste après.
La frontière entre raquette, dessus-de-cercueil et gerbe piquée n’est pas la même partout : certaines sources font de la raquette une gerbe posée à plat, d’autres une pièce structurée d’un autre genre. Mieux vaut décrire la forme voulue que se fier au mot. Les fleurs employées suivent un calendrier propre, détaillé dans l’article sur le chrysanthème de la Toussaint.
Les pièces portées
- Boutonnière — une à trois fleurs filées et guipées, portée au revers. Anglais buttonhole au Royaume-Uni, boutonniere aux États-Unis.
- Bracelet — pièce montée sur un support souple porté au poignet. Anglais wrist corsage.
- Couronne de tête — cercle souple monté sur fil guipé, ajusté au tour de tête. Le référentiel dit aussi coiffe.
- Corsage — le mot figure dans le référentiel français pour une pièce portée sur le vêtement. Il nous revient de l’anglais américain, qui l’avait tiré de l’expression « bouquet de corsage ».
| Français | Anglais | Allemand |
|---|---|---|
| Bouquet lié | hand-tied bouquet | Strauß |
| Composition piquée | arrangement | Gesteck |
| Couronne | wreath | Kranz |
| Dessus-de-cercueil | casket spray | Sargschmuck |
| Centre de table | centerpiece | Tischschmuck |
| Boutonnière | buttonhole | Anstecker |
| Bouquet de mariée | bridal bouquet | Brautstrauß |
| Décor de deuil | sympathy work | Trauerfloristik |
Les mots de la matière et du matériel
Ce qui tient les tiges
- Mousse hydrophile — bloc de résine expansée qui absorbe l’eau et la restitue aux tiges piquées dedans. Terme du référentiel ; l’atelier dit « mousse florale », ou un nom de marque devenu nom commun. Allemand Steckmasse.
- Grillage — treillis à mailles hexagonales, froissé en boule dans le contenant. Anglais chicken wire, allemand Hasendraht.
- Kenzan — plaque lestée hérissée d’aiguilles serrées, venue de l’ikebana. Les kanji 剣山 se lisent littéralement « montagne d’épées », mais beaucoup de manuels de floristique traduisent « montagne d’aiguilles » : les deux circulent. Anglais pin frog.
- Armature — structure de fil, de branchages ou de métal, construite avant les fleurs, qui porte la pièce.
L’allemand est plus clair : il range tout cela sous Steckhilfsmittel, « auxiliaires de piquage », et distingue le Gesteck, piqué, du Strauß, lié. Le français appelle les deux « composition ».
Fils, rubans et liens
- Fil de fer et jauges — en Europe, le fil se désigne par son diamètre en millimètres, de 0,3 à 1,2 et au-delà. Le monde anglo-saxon emploie la gauge, dont la logique s’inverse : plus le nombre est grand, plus le fil est fin. Les catalogues allemands ajoutent des noms de fonction que le français n’a pas, Stützdraht pour soutenir, Wickeldraht pour enrouler.
- Ruban de guipage — bande fine, mate, extensible, qui ne devient adhésive qu’une fois étirée. Anglais floral tape.
- Ruban d’ancrage — plus étroit, très collant, étanche : il sangle un bloc de mousse ou fixe un grillage. Anglais anchor tape. Les deux rubans se confondent et ne s’échangent jamais.
- Raphia — fibre végétale souple, assez large pour ne pas cisailler les tiges. Allemand Bast.
- Bolduc — ruban plat de finition, qui se frise et se noue mais ne serre pas. L’Académie française le fait venir de Bois-le-Duc, nom français de la ville néerlandaise où il se fabriquait.
Leur emploi et l’ordre dans lequel ils deviennent nécessaires font l’objet de l’article sur les outils du fleuriste.

Les mots du commerce et de l’atelier
Arrivage, botte, tige, calibre, remise en eau
- Arrivage — la livraison du jour, et ce qu’elle contient.
- Botte — l’unité de vente en gros : un nombre fixe de tiges d’une même variété, liées ensemble. Néerlandais bos, allemand Bund.
- Tige — l’unité de vente au détail : « combien de tiges ? » est la question la plus banale du comptoir.
- Calibre et grade — le classement d’un lot selon la longueur, le poids et le stade d’ouverture. La nomenclature des criées néerlandaises est la plus détaillée : la steellengte y est la longueur de la plus courte tige du lot, arrondie au centimètre inférieur, et le rijpheidsstadium, le stade de maturité, se note sur une échelle photographique de cinq stades.
- Remise en eau — la mise en seau à l’arrivée, après recoupe. Les recommandations de conservation après récolte convergent sur une chambre autour de un à quatre degrés, et sur un minimum d’une dizaine de degrés pour les fleurs tropicales, qui souffrent du froid.
| Français | Anglais | Allemand | Néerlandais |
|---|---|---|---|
| Botte | bunch | Bund | bos |
| Tige | stem | Stiel | steel |
| Longueur de tige | stem length | Stiellänge | steellengte |
| Stade d’ouverture | maturity stage | Reifestadium | rijpheidsstadium |
| Lot | batch | Partie | partij |
| Prétraitement | pretreatment | Vorbehandlung | voorbehandeling |
Le prétraitement désigne les solutions appliquées avant la vente, en amont du fleuriste : thiosulfate d’argent ou 1-MCP contre l’éthylène. La documentation technique néerlandaise cite parmi les espèces les plus sensibles à ce gaz l’œillet et le delphinium, avec un repère frappant : un œillet tient trois à quatre semaines après récolte, et une seule s’il a été exposé. La provenance de ces fleurs est l’objet de l’article sur les circuits de la fleur coupée.
Conditionnement, invendu, casse, démarque
- Conditionnement — la manière dont le lot est emballé : housse, manchon, carton, chariot.
- Invendu — ce qui reste après la période de vente utile.
- Casse — la perte physique : tiges brisées, fleurs abîmées, lot refusé.
- Démarque — la baisse de prix consentie sur une marchandise qui a vieilli.
Ces quatre mots figurent dans les annexes du référentiel : le métier ne se réduit pas au bouquet. Ce sont ceux que j’ai le plus tardé à trouver intéressants, et ils expliquent pourquoi une fleur coûte ce qu’elle coûte. Le vieillissement qui les rend nécessaires est détaillé dans l’article sur ce qui se passe dans une tige coupée.
Les faux amis, d’une langue à l’autre
Le matériel circule en Europe, les fiches produit ne sont pas toutes traduites, et quelques mots piègent.
- Spray — en anglais, à la fois une pièce à face avant posée à plat et une tige à fleurs ramifiées, comme la spray rose. Deux sens sans rapport, et aucun ne veut dire « vaporisateur ».
- Corsage — en anglais, une fleur portée sur le corps ; en français courant, le haut d’un vêtement. Le mot a fait l’aller-retour et est revenu changé.
- Steel — néerlandais pour « tige », et non l’acier anglais. Une fiche mentionnant steellengte parle de longueur de tige.
- Frog — l’anglais pin frog désigne le kenzan. L’origine de l’image est incertaine : je n’ai trouvé aucune source solide qui l’établisse.
- Mousse — en français, à la fois le végétal et le bloc de résine. L’allemand ne s’y trompe jamais : Moos pour l’un, Steckmasse pour l’autre.
- Bouquet — en anglais et en allemand, le mot penche vers l’assemblage vendu tout fait ; le français l’emploie pour tout ce qu’on lie en main.
Les mots de boutique, sans existence officielle
Une partie du vocabulaire qu’on entend derrière un comptoir ne figure dans aucun texte de référence. Ce n’est pas un défaut : ce sont des mots commodes, nés du besoin de nommer vite. Mais mieux vaut savoir lesquels ne comptent pas devant un jury.
- Structuré — mot de boutique, absent du référentiel, qui ne reconnaît que trois styles : décoratif, linéaire, végétatif.
- Champêtre, bohème, sauvage — descriptions d’une allure, pas des techniques.
- Biedermeier — bouquet compact et orné, nommé d’après une période artistique de la première moitié du dix-neuvième siècle. Le mot est courant dans les lexiques allemands, mais l’un des manuels de référence refuse de lister des noms de types de bouquets : un nom propre fige ce qui devrait se décrire par sa disposition. Position plus juste que la nôtre, je crois.
- Glane — à l’inverse, ce mot figure dans le référentiel et ne s’entend presque jamais en boutique : un assemblage tressé de végétaux.
Les mots de la plante, qui ne sont pas ici
Calice, sépale, tépale, bractée, spathe, capitule, ombelle, grappe, panicule, hampe, pédoncule, nœud, entre-nœud, xylème : ce sont des mots de botanique, pas d’atelier. Ils décrivent la plante, pas ce qu’on lui fait. Les redéfinir ici doublerait le glossaire sans rien y ajouter ; ils sont traités un par un, avec leur conséquence pratique, dans l’anatomie d’une fleur coupée.
La règle que j’applique : si le mot décrit ce qu’on tient, il est botanique ; s’il décrit ce qu’on fait, il est du métier.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre monter et remonter ?
Monter, c’est assembler des éléments préparés séparément, chaque fleur gardant sa forme. Remonter, c’est démonter une fleur puis la reconstruire autrement sur un support artificiel. Les deux mots sont dans le référentiel. C’est la nuance qui m’a le plus longtemps échappé : le préfixe suggère une répétition alors qu’il indique une transformation.
Point de liage ou faisceau : lequel emploie-t-on ?
Les deux, pour deux choses différentes. Le point de liage est l’endroit précis où le lien serre ; le faisceau est l’ensemble des tiges rassemblées dessous. On dit qu’un point de liage est haut ou bas, qu’un faisceau est propre ou désordonné.
Quels mots faut-il connaître avant une épreuve ?
Ceux du référentiel avant tout : piquage, liage, montage, remontage, collage, ligature, faisceau, biseau, moussage, mousse hydrophile. Puis les trois styles reconnus, décoratif, linéaire et végétatif. Puis le vocabulaire commercial, évalué au même titre : arrivage, botte, calibre, remise en eau, conditionnement, invendu, casse, démarque. Les noms de formes de bouquets comptent moins qu’on ne le croit.
Pourquoi tant de termes allemands dans un glossaire français ?
Parce que la fleuristerie allemande nomme d’un mot ce que le français décrit en une phrase : le point de départ optique, le poids visuel, la dynamique de direction. Ces mots n’ont pas à être employés devant un client. Ils servent à penser, et souvent à comprendre ce qu’on rate.
Raquette, gerbe ou dessus-de-cercueil : comment s’y retrouver ?
La gerbe est portée et présente une face avant ; la raquette et le dessus-de-cercueil se posent à plat, le second étant plus large. Mais les usages varient d’une maison à l’autre, et les sources professionnelles ne délimitent pas ces pièces de la même façon. Dans le doute, on décrit la forme, les dimensions et l’endroit où la pièce sera posée.
Faut-il dire « mousse florale » ou « mousse hydrophile » ?
« Mousse hydrophile » est le terme du référentiel et le seul sans ambiguïté : il dit ce que fait le matériau. « Mousse florale » est l’usage d’atelier ; la troisième formule courante est un nom de marque devenu nom commun, à éviter à l’écrit. En français, « mousse » désigne aussi le végétal, ce que l’allemand distingue par deux mots.
Comment retenir ce vocabulaire sans le réciter ?
En le rattachant à un geste plutôt qu’à une définition. J’ai retenu « guiper » le jour où j’ai raté un guipage, « faisceau » en voyant un bouquet s’effondrer parce que le mien était croisé, « accent » en retirant trois baies noires d’un bouquet blanc et en le trouvant fade. Un mot appris devant un objet ne se perd plus, et c’est pourquoi un glossaire seul ne suffit jamais.
Flore Oger
Flore Oger apprend le métier de fleuriste. Passionnée de botanique, elle partage ici les gestes, le vocabulaire et les coulisses de son apprentissage : comment naît un bouquet, pourquoi telle fleur à telle saison, ce qu'on apprend en atelier et ce qu'on n'apprend qu'en le faisant. Pour les curieux comme pour les futurs professionnels.
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